Le sarouel et le burnous au féminin

Oct 17, 2022 | Algérie, Mode musulmane

Qui n’a jamais entendu le mot « sarouel », au moins une fois dans sa vie ? Le mot est devenu mondialement connu, mais la » chose désignée » aussi. Même si on est pas adepte. Même si on n’a jamais vu ce fameux pantalon qu’en photo ou à la télé, au cinéma…

Le sarouel (aserwal en berbère) est un vêtement ample porté sur la partie inférieure du corps. Ce mot signifie pantalon en Arabe. Il se caractérise par un entrejambe très bas, proche des genoux par son amplitude, et par sa fermeture aux chevilles, protégeant les jambes contre le piqûres de moustiques, tout en leur ménageant une relative aération…

Il est surtout adapté à la vie des champs, porté par des paysans à qui il donne une grande aisance de mouvement, évitant la transpiration qui colle aux vêtements serrés, permettant de grimper aux arbres pour les cueillettes à la main ou de se détendre confortablement durant les pauses sur l’herbe.

Un peu d’histoire de sarouel…

Le sarouel semble originaire de Perse. De là, il aurait suivi la route de l’ambre, ancienne route de la soie (https://fr.wikipedia.org/wiki/Route_de_la_soie ), pour se diffuser au gré des déplacements des marchands. C’est ainsi qu’il a fini par atteindre les régions sahariennes et en particulier l’Afrique du Nord.

route de la soie histoire du sarouel

Par Whole_world_-_land_and_oceans_12000.jpg: NASA/Goddard Space Flight Centerderivative work: Splette (talk) — Domaine public Wikipedia

En Occident, il a été également porté par des groupuscules anarchistes, les dubs, les travellers, les hippies des années 1970, les teufeurs  etc…

En France, ce vêtement a été introduit au XIX è siècle lors de la colonisation de l’Algérie. Ce vêtement, initialement bouffant a été porté par les zouaves  séduits rapidement par l’aisance qu’il procure.

sarouel zouave

Par Chaumot — Gravure ancienne, Domaine public wikipedia

Vêtement unisexe, il habille aujourd’hui, les enfants, les femmes et les hommes. Il est porté selon différents modèles, dans une région ou dans une autre, dans un pays ou un autre, selon les références culturelles locales léguées en héritage.

Son origine remonterait jusqu’au IIIè siècle de notre ère. Il a emprunté nombre de voies de communication, notamment donc la Route de la soie comme signalé plus haut, avant d’être adopté ailleurs qu’en Europe. Dès l’An 1000, les marins exerçant dans le bassin méditerranéen , contribuent largement à sa diffusion. Raccourci aux dessus des chevilles, il devient un élément de la tenue de travail, il leur permet de monter rapidement au cordages. Il est pour eux le vêtement idéal. Il sera remarqué par les méditerranéens dans les ports de la rives sud.

Mieux encore, il sera vendu par les marchands turcs et arabes. Le sarouel a une telle réputation qu’il a fait le tour du monde, sans perdre son originalité préservée depuis près de deux mille ans.

Dans les années 1990, MC Hammer a popularisé une variante de ce type de vêtement connu sous le nom de « pantalon parachute », « pantalon harem », ou « pantalon Hammer ».

Les mannequins, aux coiffures courtes, très « rock » des années 1980, paupières colorées, ont présenté des vestes courtes sur des sarouels plissés transparents et de gros godillots.

 La chanteuse « extra-large » Beth Ditto défile en sarouel pour Jean-Paul Gautier (lesechos.fr, 2 octobre 2010).

Quel type de sarouel porter ?

Côté coupe, il faut aller doucement sur la longueur de l’entrejambe et éviter les sarouels qui descendent presque au niveau des mollets. Un entrejambe pas plus bas que les genoux est préférable.Ce qui caractérise surtout le sarouel, c’est la légèreté de son tissu et son design unique. En effet, le sarouel est un vêtement très large à la base, ce qui lui permet d’offrir une large liberté. La femme qui le porte, peut danser, éventuellement faire même son ménage avec, ou tout simplement de faire de la marche…

Quel haut choisir avec un sarouel pour femmes ?

Le haut moulant a pour rôle de compenser la nature ample du sarouel et d’équilibrer le look.

Il faut bannir les hauts trop larges, un top près du corps assemblé à une petite veste cintrée serait l’idéal pour accompagner un sarouel. Le tout est d’accentuer la taille pour que la silhouette garde toute sa féminité.

Les sarouels pour femmes plus ajustés sont le meilleur choix pour les occasions spéciales

Lorsqu’on choisit un pantalon sarouel pour des évènements formels, il faut privilégier des tissus comme le velours ou la soie.

Jilbab sarouel en microfibre léger avec demi manche lycra

Jilbab sarouel en microfibre léger avec demi manche lycra- Nabira

 

Quels sont Les différents modèles de Sarouels ?

  • Le modèle Chelga ou « chelqa »

Il est unique en son genre. Il est très ample et confortable, le sarouel Chelga, c’est-à-dire à jambières. Il est utilisé en particulier pour sa fonction pratique : marche aisée, position assise sans gêne, descente ou montée facile des escaliers… Il sera bien gardé dans les mallettes des femmes de Constantine, Tlemcen, Cherchell, Alger,, plus précisément dans toutes les grandes villes du territoire algérien.

Les Ottomans l’ont adopté dès la Régence d’Alger en 1520. Durant la période ottomane, le sarouel féminin est bombé, appelé localement mdawwer (rond), il émane d’une étoffe de huit à dix mètres. Il est surtout réservé pour les sorties : sarouel zenqa (pantalon de rue). Il dissimule très efficacement les formes du corps féminin.

Dans sa version algéroise, celle parue dans la ville dès 1950, d’après d’anciens stylistes-modélistes, il est plutôt droit, ouvert également sur les côtés jusqu’aux mollets ou à la limite du genoux. Sa coupe paraît simple, il suffit d’une seule pièce de tissu léger pour le confectionner.

Il est usité aussi bien à domicile que dans les grandes occasions : réunions familiales, fêtes, mariages. Cela explique son autre appellation : « sarouel el qaada » (position assise). Mais qaada signifie aussi soirée assise, pour discussions, écoute de chants ou même chanter collectivement, généralement des chants religieux. Ce modèle droit et moulant quelque peu le corps s’apparente à la jupe longue serrée ou à un fuseau, il dénote l’influence française, espagnole et/ou européenne.

Il est fabriqué avec un satin laqué ou un taffetas de couleur claire, dans un souci d’esthétique et de légèreté. Aujourd’hui, des femmes du 3ème âge le portent encore, elles sortent même avec. L’une d’elles témoigne qu’elle a été prise pour une turque en raison de son sarouel Chelga, durant son pèlerinage à la Mecque !

On l’appelle aussi  Seroual Dziri (contraction de djazaïri, algérois). Avec l’influence des civilisations européennes, ce pantalon est devenu serré comme une jupe droite, fendu sur les côtés et sous l’appellation Chelqa, il fait toujours partie des costumes traditionnels.

Enfin, une histoire tenace et qui circule toujours dit que le « Badron » ou « Badroun », une robe traditionnelle algérienne, constituée du pantalon Chelqa a été en réalité inventé par la dernière princesse algérienne Zafira et qu’il était porté avant l’entrée des turcs en Algérie.

En résumé, le Sarouel algérien dit dziri a été présenté en Algérie il y a 1000 ans, sans doute par les Andalous fuyant l’Espagne après la reconquête ou bien venant de l’Asie du sud, en traversant la route de la soie. D’autres disent qu’il a été introduit par les Ottomans.

Sa première apparition a été faite avec deux fentes sur les côtés allant jusqu’aux genoux, fabriquées avec des tissus de satin ou de taffetas, en raison de leur légèreté. Les hommes aussi avaient différents types de sarouels entre les 19 è et 20 ème siècles.

  • Le sarouel M’dawwar (ou M’douar »

Le pantalon rond, plus ou moins bouffonnant, appelé aussi sarouel Aladdin était fait d’un morceau de tissus qui pouvait atteindre une dizaine de mètres de long, et il était souvent destiné à sortir. Il a pris alors un autre nom : le pantalon Zenqa (pantalon de rue). Porté aussi bien par les femmes que les hommes, la seule différence est le tissu dont il est façonné.

Les Algériens ont aimé ce nouveau style de sarouel léger et large, car il leur a donné un sensation de liberté lorsqu’ils marchent ou effectuent leurs tâches quotidiennes. Alors, c’est devenu une partie de la mode algérienne masculine et féminine.. Il porte aussi le nom, comme signalé plus haut de sarouel el gaada, terme qui signifie à la fois « position assise » mais aussi assemblée. On peut le trouver dans toutes les régions, comme Alger, Tlemcen, Constantine ou Ghardaïa..

  • Le sarouel Loubia

Nombreuses hypothèses à propos de cette appellation. Loubia, signifie haricot. Est-ce parce qu’il ressemble à un haricot ? Le pantalon Loubia est considéré comme une pièce incontournable dans l’habillement de l’homme algérien. Autre utilité non moins importante : il permet de monter à cheval aisément.

 Concernant les femmes, le sarouel Loubia est revenu à la mode ces derniers temps, surtout chez les plus jeunes. C’est aussi devenu un signe de mode actuelle chez les femmes voilées.

  • Le sarouel Testifa

Un pantalon très large, avec près de 10 m de tissu pour former plusieurs plis. Il est porté spécialement par les habitants de la capitale.

Démesurément large et bouffant, il est particulièrement remarqué pour ses nombreux plis qui contribuent à donner l’impression d’encore plus d’ampleur. C’est ce qui le distingue essentiellement du sarouel m’dawwar , moins large, moins bouffonnant et sans plis serrés.

  • Le Sarouel Mozabite

Le costume traditionnel mozabite destiné aux hommes se compose d’un gilet et un pantalon dit sarouel mozabite, façonné en tissu plié, lâche sur les jambes répandu dans les vallées d’Egypte, et d’un Tchachit (Taqia), un bonnet traditionnel blanc qui indique l’union mozabite entre les classes de la société. Les pantalons blancs sont pour les occasions, les jours fériés, les heures de prière et les rassemblements.

 Quelle différence entre le pantalon mozabite et le pantalon algérois, par exemple ? Dans la vallée du M’zab, par exemple il paraît froissé. Dans le nord, à Alger, il peut comporter plusieurs plissements. C’est pourquoi, comme nous l’avons vu, il s’appelle sarouel Tastifa. Ces deux modèles se ressemblent dans leur dimension bouffante, dans la séparation de l’entrejambe.

Ils sont tenus par des bretelles, sinon par une ceinture en tissu qui correspond à celle du toréador espagnol. Ce pantalon fera entre autre, l’élégance du costume masculin avant de tomber en désuétude, vers la fin du XXè siècle.

Le Burnous

Le burnous, (en berbère  avernous) est un manteau en laine, long, sans manches, avec une capuche pointue, d’origine berbère très ancienne.

Typique des population berbères, Ibn Khaldoun appelait en arabe les berbères shaab al-baraanis (le peuple des burnous). Aujourd’hui, ce vêtement est porté partout en Afrique du Nord.

mamelouks

Par mideastimage.com – Domaine public Wikipédia

On porte un burnous blanc, rarement noir ou bleu, comme un manteau quand il fait froid. Le burnous noir, dit Mascari, est cependant une spécialité de la ville de Mascara (Algérie) et était exporté dans tout le bassin méditerranéen, de la Turquie jusqu’en Egypte. Les burnous sont tissés de laine très fine. En Egypte, le burnous était porté par les Mamelouks . Au Maroc  il est également appelé selham.

Le burnous : un habit et une culture

Le burnous qui composait par le passé l’identité des Algériens et faisait la fierté des hommes est un habit chargé de symboles. Se vêtir d’un burnous est tout un art, son propriétaire doit savoir le porter et le respecter. Il doit faire montre de sobriété et de maturité ; le burnous est alors synonyme de sagesse, d’autorité et de pondération.

Lors des réunions de Tajemaât en Kabylie (comité des sages du village), l’homme qui prend la parole doit se couvrir la tête avec la capuche de son burnous. Si celle-ci tombe, il doit arrêter de parler, car cela signifie qu’il s’est emporté !

Hiver comme été, l’homme ne se séparait jamais de son burnous. En hiver lorsque la neige recouvre les cimes du Djurdjura, les hommes se couvrent avec leurs burnous. Ainsi emmitouflés, l’épaisse cape blanche les protège du froid glacial. L’été , lorsque les températures grimpent et le sirocco souffle sur les villages, les hommes plient leur burnous et le posent gracieusement sur l’épaule, agrémentant ainsi leur tenue estivale.

Habit de tous les jours, le burnous est aussi un habit de cérémonie et d’apparats. Lors des fêtes de mariage ou de circoncision, les hommes arborent fièrement leur burnous blanc agrémenté d’un fusil de chasse.

Vêtement unisexe, le burnous est aussi bien féminin que masculin, vêtement de prestige, lors des mariages il sert essentiellement à couvrir la mariée lorsque celle-ci sort du domicile familial pour rejoindre la maison du mari. Certains optent pour le burnous en satin blanc brodé de motifs berbères qui a fait son apparition ces dernières années pour remplacer le burnous en laine devenu trop cher.

Bisht long et élégant, sfifa or,

Bisht long et élégant cape,  sfifa or, à porter par dessus un qamis, pour fêtes ou événements – Nabira

Ses broderies sont différentes, selon les régions, à Alger, Constantine ou Tlemcen, il est brodé de fils d’or, en Kabylie, il est réalisé avec la broderie caractéristique de la région.

Les différents types de burnous

  • Louabri

Le burnous marron à poils de dromadaire dit aussi louabri (une appellation tirant sa racine du mot arabe loubar, qui signifie « laine » de chameau), léger et d’une extrême finesse, une spécialité exclusive de l’oasis de Messaad, située au nord de Djelfa, en Algérie. Il est généralement prisé dans tout l’Atlas saharien, particulièrement dans les monts des Ouled Naïl et des Amours, considérés comme des ateliers séculaires de tissage séculaire et de confection de ce classique par les femmes au foyer.

Il s’agit d’un manteau d’homme avec capuche tissé à partir de la laine brune de dromadaire, une fibre épaisse, douce et frisée obtenue une fois par saison après la tonte.

Sa production sur un métier à tisser traditionnel obéit à un processus complexe comportant une chaîne d’opérations longues et fastidieuses : l’extraction des impuretés, le lavage, le séchage, le démêlage et l’amollissement de la laine afin d’aboutie à une filature propre et prête pour le tissage, selon une armature à plusieurs modes d’entrecroisement de fils.

  • Le burnous Kabyle

 En Kabylie, le burnous, le burnous est réalisé à base de laine de mouton et de brebis. Traditionnellement confectionné à la maison par les femmes, le métier s’y transmet de mère en fille. Souvent de couleur blanche, il peut être en couleur marron. Porté par les hommes, les femmes portent également un habit du même genre mais différent car confectionné en coton. Lors du mariage en pays berbère, la femme porte un burnous spécifique.

Le burnous est également un symbole de paix et de pureté. Cet habit traditionnel très ancien a survécu à la modernité et continue d’être un habit prisé dans tout le pays. En plus d’être porté dans les Aurès, en Kabylie ou encore dans les zones steppiques et sur les Hautes-plaines sétifiennes, le burnous est encore arboré lors des cérémonies et fêtes de mariage. En effet, les petits garçons le portent encore pendant leur circoncision. Lors de fêtes de mariage, le jeune marié endosse avec fierté le burnous blanc tout comme sa dulcinée franchit le seuil de la maison familiale habillée souvent d’un burnous féminin assorti à sa robe de mariée.

C’est une cape très ample descendant jusqu’aux pieds et munie d’un capuchon ; elle est fermée sur la poitrine par une couture (sader) longue d’environ une main. Ce mode de fermeture partielle permet de porter une cape sans avoir à la draper comme pour le Haïk et sans user d’agrafes ou de boutons.

  • Le burnous en poils de chameaux

Le burnous en poils de chameaux est une spécialité presque exclusive de la région de Messaaâd, en Algérie, d’une très grande qualité et d’une extrême finesse, en plus d’un grande légèreté. C’est une activité exclusivement féminine.

 

  • Le burnous blanc

 Le burnous blanc, quant à lui est produit dans les régions du Zaccar, Hassi Bahbah, et Aïn Oussera. La région de Tébessa est aussi renommée dans le tissage et la confection de Kachabia et de burnous. Cette production remonte à l’ère phénicienne. La Kachabia et le Burnous, en plus du fait qu’ils tiennent chaud, y sont un symbole de notabilité.

Comment porter le burnous ?

 Il existe plusieurs manières de le porter, elles sont transmises de génération en génération.

  • Ramassé tout entier dans la longueur et jeté sur une épaule ; c’est la façon dont les hommes le portent en sortant.
  • Le capuchon et le plastron brodé rejetés dans le dos, derrière le cou, tandis que les pans sont disposés sur les épaules.
  • Enfilé par l’encolure
  • Disposé de sorte que le capuchon sur le côté serve de poche, lorsque l’homme va au marché, il peut ramener des choses non encombrantes, tout en gardant les mains libres. En somme, il sert de couffin.
  • Pans relevés et croisés derrière le cou, le capuchon bien serré pour faire ainsi barrière au froid.
  • Quand l’homme rabat le capuchon de son burnous sur son visage, c’est signe de honte, de déshonneur.